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Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: dim. 2 janvier 2011 21:44:53

Bonjour !
J'aurais besoin d'aide pour analyser un des poèmes en prose de Baudelaire: le Fou et la Vénus. Est-ce que quelqu'un pourrait "m'envoyer" sur quelques pistes? Et est-ce que, par exemple, mon poème comporte des liens avec des autres poèmes du recueil?


J'ai déjà trouvé ceci:
Le Fou et la Vénus VII


Le poème est structuré en 7 paragraphes. Les 3 premiers décrivent une place d’extase, où tous les sens sont en éveil, où la nature est mise en valeur, le tout montant en crescendo. Le suivant marque une cassure : c’est l’apparition du fou, qui lui est désespéré. Les 2 avant-derniers montre la situation ridicule du bouffon, et le dernier explique la froideur et l’immobilité de la statue.
La nature rivalise de beauté, on a une sensation de romantisme, amour, sensualité. La statue par contre est immobile et incarne la froideur, l’indifférence. On ne peut atteindre la beauté car elle est implacable.
Deux fois dans le poème, on a « je », point de vue interne.
On peut dire dans les premiers paragraphes que Baudelaire parle du poète face à la beauté, à l'art. Le fou par contre est ridicule, et incarne l’impuissance de l’homme face au monde, c’est pathétique et tragique.
La description de la nature montre qu'il s'agit d'un monde idéal. Mais l'apparition du fou montre la situation du poète face au monde et fait apparaître que l'idéal est menacé par le spleen.
Le fou doit vaincre le Remords, l'Ennui des autres. La majuscule est utilisée pour montrer que Baudelaire trouve cela ridicule.
On a une contradiction à la ligne 7-8: extase, puis orgie silencieuse.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: PMV (Adresse IP conservée)
Date: dim. 2 janvier 2011 22:23:33

Bonjour,


Désespéré, je suis ! Tu cherches quoi, au juste ? Des analyses toutes faites ? Mais l'analyse, c'est à toi de la faire, car tu sais lire autant que tout le monde, et tu lis les mêmes mots que tous les exégètes et que tous les commentateurs ! Alors, plutôt que de chercher sur Internet des phrases toutes faites à copier/coller, de ces phrases creuses et nulles bourrées de "points de vue internes", de "champs lexicaux" de "pathétique et tragique" et de commentaires aussi stupides que : "Le fou doit vaincre le Remords, l'Ennui des autres. La majuscule est utilisée pour montrer que Baudelaire trouve cela ridicule.", tu devrais dire ce que toi tu penses du texte, comment toi tu l'analyses, et en donner ta vision.


Tu cherches une piste ? En voilà une :
[poesie.webnet.fr]


Envoie un embryon de début de commencement d'idée personnelle, et je te promets de t'aider.


Cordialement,
PMV


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: dim. 2 janvier 2011 23:00:31

Bonjour,
Alors j'avoue: je suis NULLE en analyse ( je suis en biologie-chimie, je sais, ce n'est pas une excuse). Je ne comprends jamais ce que l'on doit chercher, et donc je cherche à montrer par exemple comment le poème est structuré, et ensuite donner le point de vue, les champs lexicaux comme j'ai toujours appris à le faire. On doit bien commencer par cela non? ^^
N'y a-t-il pas une méthode de travail? Je ne vois absolument pas comment faire l'analyse autrement que ce que j'ai déjà mis en haut. Mais d'après toi, je dois simplement donner mon impression du texte?
Je retenterais d'analyser ceci demain, merci pour ta réponse franche,
et pour ton aide précieuse, si tu arrives à m'expliquer l'art de l'analyse...
winking smiley



Modifié 1 fois. Dernière modification le 10/01/11 12:57 par missjo0822.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: PMV (Adresse IP conservée)
Date: lun. 3 janvier 2011 00:02:09

Merci pour ta réponse, tout aussi franche...


Tu n'es pas nulle en analyse, personne ne l'est, tu t'exprimes clairement et tout à fait correctement, et tout le monde a les mêmes capacités pour comprendre (et surtout pour ressentir) un poème de Baudelaire ou de n'importe qui, même s'il est en biologie-chimie. Et peut-être même qu'un élève en biologie-chimie a finalement plus d'outils et plus d'ouverture d'esprit pour analyser un texte qu'un littéraire, parce qu'il peut avoir d'autres angles de vision. Tu n'es pas nulle en analyse, personne ne l'est, mais on t'a certainement rendue nulle.


Quand je disais : "Désespéré, je suis !" Je le suis réellement. Et je le suis plus encore lorsque je lis ta phrase : "comme j'ai toujours appris à le faire". Car tu pointes une véritable calamité. Tu vas noter quoi ? Que le texte a sept paragraphes ? Un élève de CE2 pourrait les compter, même s'il est un peu en retard pour son âge. Tu vas souligner les mots qui font référence à l'amour ? On appelle ça un champ lexical. Ça me rappelle la célébrissime histoire des sacs de patates :
[sourire-ferme.pagesperso-orange.fr]


Je ne suis pas dans les clous, mais je m'en fiche aujourd'hui. Baudelaire n'a pas voulu nous transmettre des "champs lexicaux", des "connotations", des "structures", des "points de vue". Il a voulu nous dire des choses essentielles, des choses qui nous touchent dans nos vies de tous les jours. La manière dont il nous les a transmises est importante, certes, mais ce n'est que le témoignage d'un savoir-faire, la forme, la technique, les "trucs" du métier. Ce qui est important, c'est le fond, c'est ce qu'il nous dit, aujourd'hui encore, après 160 ans. Or, comme on t'a "toujours appris à le faire", tu t'intéresses davantage à la technique qu'au fond. Les technocrates qui font et défont les programmes scolaires au gré des gouvernements pensent sans doute que les élèves de niveau Bac ont désormais trop d'inculture pour comprendre un texte, et qu'il suffit de leur demander de souligner les mots qui relèvent des "champs lexicaux", de compter les paragraphes, de relever une ou deux connotations, et peu importe qu'ils comprennent ou non ce que dit le poète.


Tu vas passer ton bac, tu vas l'avoir, c'est une évidence. Tu vas continuer tes études, et tu vas entrer dans la vie active, tu auras un travail, des responsabilités, des soucis, comme tout le monde. Peut-être auras-tu, de temps en temps, le loisir de lire une page ou deux de Baudelaire, si les technocrates ne t'en ont pas définitivement dégoûtée (ne rigole pas, les goûts changent avec le temps). Tu n'auras plus alors à te soucier des connecteurs spatio-temporels, des structures ou des champs lexicaux. Et le poète pourra enfin te dire ce qu'il a à te transmettre, en espérant que tu sois encore capable de le comprendre.


Relis le texte, lis-le dix fois, vingt fois, et attarde-toi un moment sur cette phrase : "Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l’immortelle Beauté !" (au fait, si Baudelaire a mis une majuscule à Beauté, est-ce pour en faire ressortir le caractère ridicule ?) Un bouffon ridicule, grotesque, difforme, laid, a-t-il le droit de ressentir la beauté ? Ou est-elle réservée à une élite, à des aristocrates cultivés ? La beauté est-elle réservée à tout le monde, ou seulement à ceux qui font l'effort de la mériter ? La question n'est-elle pas beaucoup plus intéressante que de connaître le nombre de paragraphes du texte ?


J'ai bien conscience que ces propos ne vont pas beaucoup t'aider (dans l'immédiat, du moins) et que ton problème aujourd'hui est de rendre une copie correcte qui mérite une note acceptable. Parle-donc de champs lexicaux, n'oublie pas les connotations et les connecteurs spatio-temporels, et recopie consciencieusement le texte stupide que tu as posté, il te vaudra la moyenne. Ou bien lâche-toi, dis ce que tu as à dire à propos du texte, fais preuve d'originalité. Je ne te garantis pas une bonne note (la belle affaire !), mais au moins, tu auras réfléchi sur l'essentiel, c'est-à-dire sur le message du poète.


Au fait, une question tordue : C'est quoi, la beauté, pour toi ?


Je suis toujours prêt à t'aider.


Cordialement,
PMV



Modifié 3 fois. Dernière modification le 03/01/11 00:18 par PMV.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: PMV (Adresse IP conservée)
Date: lun. 3 janvier 2011 03:45:12

Bon, je n'ai pas été sympa. Je te prie de m'en excuser. Voici, voilà ma dissertation, au moins l'introduction et la première partie (mais il est tard, et je ferai la suite demain, si j'ai le courage).


Introduction :


Les "Petits poèmes en prose" de Baudelaire, dont le poète évoque le projet dès 1857, ne furent publiés à titre posthume dans leur forme définitive qu'en 1869, sous le titre "Le Spleen de Paris". Le recueil comprend cinquante pièces inspirées par le style du Gaspard de la Nuit [tu n'as pas lu Gaspard de la Nuit, je suppose ? Et tu n'as jamais entendu les trois pièces pour piano qu'en a tirées Ravel ? Misère !] d'Aloysius Bertrand, considéré comme l'inventeur du poème en prose. Dans la lettre à Arsène Houssaye qui tient lieu de préface au livre, Baudelaire écrit : "Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêvé le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?". Beaucoup de ces textes élargissent et complètent des poèmes des Fleurs du Mal, notamment ceux de la section : "Tableaux parisiens".


[Ça commence bien, non ?]


Le 7ème poème, intitulé "Le fou et la Vénus", développe sous une forme allégorique l'impuissance de l'homme à accéder à l'amour et celle du poète à accéder à la beauté. Nous articulerons cet exposé en trois parties : Une explication libre du texte - les procédés poétiques - Amour ou beauté ? Nous aurons à coeur d'éviter l'insupportable jargon académique pédant et vide qui ferait crever de rire Baudelaire lui-même, nous ne parlerons ni "d'axes", ni de "narrateur interne", ni de "champs lexicaux", ni de "connotations", et encore moins de "connecteurs spatio-temporels". Nous nous contenterons d'expliquer, avec nos mots à nous, ce que nous avons compris du texte.


[ça continue moins bien, non ?]


D'emblée, par une exclamation enthousiaste, l'auteur invite son lecteur à partager une belle journée ensoleillée dans un parc. Ce "climat" enjoué n'est si pas fréquent chez le morbide Baudelaire, plus familier de "l'hiver aux neiges monotones" (les Fleurs du mal - Paysage) ou du ciel bas et lourd qui pèse "comme un couvercle sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis" (Les Fleurs du mal - Spleen). Rien d'ailleurs, dans les premières lignes du texte, qui évoque "l'oeil brûlant du soleil" et "la jeunesse sous la domination de l'Amour" ne vient illustrer le titre du recueil : le Spleen de Paris. Le premier paragraphe du poème nous transporte en effet bien loin de cette mélancolique dépression romantico/maladive qui s'accompagne d'une terrible impuissance à vivre. On pourrait penser à la "Tristesse d'Olympio" de Victor Hugo : "Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes / Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes."... à tel point qu'on pourrait se demander si le poète ne manifeste pas un peu d'ironie à propos des "tics" romantiques et de cette propension à prêter au ciel des mouvements qui accompagneraient les émotions humaines. Nous sommes dans le règne de la nature, mais d'une nature idéalisée, d'une nature "corrigée, embellie, refondue" par le rêve (Le Spleen de Paris - L'invitation au voyage). Nous sommes dans un jardin à la française, un jardin où "tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté" (Les Fleurs du Mal - L'Invitation au voyage). Nous sommes dans une nature silencieuse, où même les fontaines se taisent, une petite oasis de verdure bien loin de la ville assourdissante qui hurle comme dans le poème À une passante. Nous sommes à l'écart de la cité, cette cité qui chante, rit et beugle, "Éprise du plaisir jusqu’à l’atrocité," (Les Fleurs du mal - Les Aveugles). Et s'il y a une "orgie silencieuse", c'est seulement celle des couleurs, des parfums et des sons qui se répondent. C'est celle des parfums qui montent vers le ciel comme des encens, comme des fumées, retrouvant leur sens italien - parfumer - per fumare. Ici, l'homme n'a pas droit de "cité".


[ça, c'est très fort. Ton prof ne va pas comprendre - Amusant aussi de voir qu'aujourd'hui, dans les cités, on se traite toujours de "bouffon"].


Dans ce parc trop luxuriant, trop ensoleillé, trop calme, trop vide, un homme, un seul, - du moins un seul qui mérite d'être remarqué parmi la multitude des êtres vulgaires et normaux, - la multitude des bourgeois. Les bons élèves ne manqueront pas de parler de "focalisation". [c'est pour rire] Un être disgrâcié, un être "affligé", un de ces défavorisés qu'on appellerait aujourd'hui un SDF, et qu'on appelait jadis un poète. On hésite entre Quasimodo et Rigoletto [tu n'as jamais écouté le Rigoletto de Verdi, je suis sûr... Misère !]. Lui, c'est le bouffon, celui qui attire pitié et quolibets dans le monde civilisé et bienséant du Second empire, celui qui fait pouffer et s'indigner vertueusement les dames de la bonne société qui protègent leur teint si délicat sous la soie de leur ombrelle. C'est le même, un peu ivrogne et délirant, qui fait rire aujourd'hui les jeunes cadres qui rentrent du travail dans le métro parisien. De nos jours, avec le politiquement correct de rigueur, on l'appellerait un "disqualifié social", comme on appelle un "bon à rien" le poète, le musicien, l'artiste, celui qui n'a pas choisi la bonne voie. Le bouffon est le miroir du poète. Baudelaire l'a reconnu comme un frère. Ce costume "éclatant et ridicule", ces "cornes et ses sonnettes" qui ornent son front, c'est la défroque du rimailleur, c'est le costume de scène de l'amuseur public, du "bon à rien", de celui qui ne sait rien faire de ses dix doigts. Et la mère du bouffon, comme celle du poète, a dû se poser la terrible question : "– « Ah ! que n’ai-je mis bas tout un noeud de vipères / Plutôt que de nourrir cette dérision ! (Les Fleurs du mal - Bénédiction).


Mais la statue est là, blanche au fond d'une allée. Elle est belle, ô mortel, comme un rêve de pierre, et son sein où chacun s'est meurtri tour à tour est fait pour inspirer au poète un amour éternel et muet ainsi que la matière. Et sa beauté est telle que le bouffon en pleure, et demande la grâce d'un regard, juste un regard. Pygmalion n'aurait pas regardé Galatée avec autant d'amour [tu ne connais pas l'histoire de Pygmalion ? Misère !] Après tout, même difforme, même grotesque, le bouffon n'aurait-il pas droit à l'Amour et à la Beauté ? Et que n'eût-il, comme Alphonse, un anneau d'or pour le passer au doigt de la Vénus ? [Tu n'as pas lu la Vénus d'Ille de Prosper Mérimée ? Misère !]. Mais Vénus ne parlera pas, pas plus au bouffon qu'au poète. La statue du Commandeur avait daigné fléchir la tête pour accepter l'invitation de Don Juan [Tu n'as pas lu Don Juan ? Misère !]. Vénus restera silencieuse, inflexible, "avec ses yeux de marbre".


Bon, évidemment, c'est un premier jet, ça demande à être retravaillé, réécrit, ça ne colle peut-être pas assez au texte, il faut revoir tout ça, la littérature, ça prend beaucoup de temps. Énormément de temps. Mais quelle joie !


Cordialement,
PMV



Modifié 1 fois. Dernière modification le 03/01/11 04:14 par PMV.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: lun. 3 janvier 2011 15:57:53

Merci beaucoup pour tout ce que tu as écrit. C'est vrai, on nous l'a dit et redit, les méthodes d'enseignements sont de plus en plus "faciles" pour les élèves. Quand notre prof de maths nous montre des examens de maturité d'il y a quelques années, ça nous fait froid dans le dos.
Et le pire, c'est que j'ai lu Don Juan, mais je n'aurais jamais pensé à faire un parallèle avec la statue. C'est sûrement ce qui me manque aussi, faire des liens avec ce que j'ai déjà vu.
Mais merci beaucoup pour tes questions, je vais essayer d'analyser d'après ceci, et peut-être je verrais beaucoup plus de choses que maintenant dans ce poème. Si tu es toujours d'accord de m'aider, lorsque j'aurais totalement terminé, c'est-à-dire à la fin de la semaine, je t'enverrais l'analyse finale et tu me diras ce que tu en penses ( toujours de manière franche smiling smiley).
Merci encore.
Bonne journée
Salutations



Modifié 1 fois. Dernière modification le 10/01/11 12:55 par missjo0822.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: PMV (Adresse IP conservée)
Date: lun. 3 janvier 2011 22:32:06

Bonsoir,


Le parallèle entre le fou devant la statue "colossale" et Sganarelle bafouillant devant la statue du Commandeur s'imposait : "Quelle bizarrerie ! Seigneur Commandeur. Je ris de ma sottise, mais c'est mon maître qui me la fait faire..."


Je ne dirais pas que les enseignements sont de "plus en plus faciles" pour les élèves. Je dirais plutôt que les difficultés se sont déplacées. On accorde de moins en moins d'importance à ce qu'on appelait autrefois les "humanités", et qu'on pourrait traduire aujourd'hui par la "culture générale". Peut-être est-ce dans l'ordre des choses, et peut-être cette culture livresque, les arts, la littérature, le théâtre, la musique, ne correspondent-ils plus à grand chose dans un monde tourné vers les sciences et les technologies.


J'étais un excellent élève. En section littéraire, je me suis offert le luxe d'un 20 en maths au Bac (et d'un 18 en philo, tout de même !). Mais ce 20 en maths était une imposture. Je n'avais fait qu'apprendre des cours auxquels je ne comprenais strictement rien, et j'appliquais des méthodes comme on applique des recettes de cuisine. Ici, il faut calculer ça, puis reprendre ça et le mettre là, casser trois oeufs, séparer le blanc des jaunes, chercher la racine de ça, incorporer délicatement les blancs battus en neige, calculer la dérivée de ceci (mais je n'ai jamais compris ce que c'était qu'une dérivée, on ne me l'a jamais expliqué), mettre des points sur des repères, ainsi j'arrivais à tracer n'importe quelle courbe sans rien y comprendre, sans savoir seulement ce que ça pouvait bien représenter, à quoi ça pouvait bien correspondre, et bien entendu, je me suis empressé d'oublier ce fatras dès que je n'en ai plus eu l'utilité.


En ce qui concerne tes professeurs, n'hésite pas à les contredire (respectueusement, s'entend !). Bien sûr, ils auront toujours plus d'arguments que toi, mais en lettres et en philosophie, ton avis vaut le leur (s'il est argumenté). Et n'oublie pas une donnée incontournable : les professeurs ne font pas ce qu'ils veulent. Ils sont fonctionnaires, et comme disait De Gaulle, "un fonctionnaire, c'est fait pour fonctionner". Ils ont une hiérarchie. Qu'ils soient d'accord ou non, ils ont le devoir d'appliquer les sacro-saintes "Zinstructions Zofficielles", c'est-à-dire de faire ce qu'on leur dit de faire comme on leur dit de le faire, de suivre les consignes du Rectorat, de respecter les circulaires, les programmes et les méthodes en vigueur. Ils sont inspectés, ils sont notés, comme n'importe quel élève, et ils sont jugés sur leurs résultats. Et oui, quand on est du côté des élèves, on s'imagine que les profs sont tout puissants. Quand on est de l'autre côté du bureau, devant le tableau noir, on est comme un gamin, et l'on espère la bonne note qui permettra de gagner six mois ou un an d'avancement (ce qui représente de l'argent).


Bon, j'ai relu mon premier paragraphe, il n'est pas terrible, finalement. Je vais le reprendre. En attendant, voici le deuxième. Tu pourras y trouver de quoi gratter, des idées, des notions, des mots dont tu devras vérifier le sens :


Le texte, rigoureusement symétrique, s'articule en deux parties autour de l'adverbe pivot "cependant". Dans la première partie, véritable hymne à la nature, Baudelaire nous plonge [le mot "plonge" ne convient pas. Il sous-entend une notion d'obscurité. Il faut trouver mieux] dans la lumière de plus en plus vive d'un vaste parc un jour d'été. Tout ici est personnalisé et donne le sentiment foisonnant de la vie. Le parc "se pâme" [au fait, tu connais ce mot ? Se pâmer, c'est s'évanouir, défaillir. On disait autrefois : tomber dans les pâmes, dont on a fait par déformation : "tomber dans les pommes" en perdant le sens premier du mot], le soleil darde son "oeil brûlant", les eaux sont "endormies", les fleurs sont "excitées". Et malgré cette frénésie, tout est silencieux. Là où l'on s'attendait à entendre chanter les oiseaux, bruisser les fontaines et frémir les branches sous la caresse du vent, paradoxalement, cette "orgie" végétale ne fait aucun bruit, ce qui lui donne l'aspect un peu irréel d'un songe. En privant le lecteur du sens de l'ouïe, Baudelaire aiguise davantage l'acuité de son regard, regard qui devient si perçant qu'il parvient même à percevoir les émanations parfumées des fleurs s'évaporant vers le ciel.


Comme sous l'effet du soleil qui s'élève dans le ciel, accroissant progressivement la chaleur et la lumière, le paragraphe s'éclaire jusqu'à l'éblouissement, et l'orgie culmine en un magistral crescendo. Jouant sur le double sens du mot, nous imaginons les fleurs "brûler" de désir, (mais aussi de chaleur). Le lecteur ressent alors une formidable impression d'énergie, qui se manifeste par l'étincellement des objets et la violence des couleurs.


Le poète était jusque-là absent. Il se démasque dans la charnière du poème, au moment où le présent bascule dans le passé, au moment où la scène devient souvenir, où l'évocation de la nature orgiaque devient allégorie (toutefois, on pressentait déjà l'allégorie avec la majuscule de l'Amour dans la première partie). La scène agreste devient témoignage. Mais au moment même où l'on attendait que le "j'ai aperçu" du paragraphe central nous ramène à la réalité, à l'anecdote, au quotidien d'un parc public sous le Second empire, Baudelaire nous transporte, par "l'alchimie du verbe" dans la symbolique de l'apologue. Le Remords, l'Ennui, la Déesse deviennent, dans cette fable, autant de personnages élevés au rang de concepts. L'apparition soudaine d'une statue "colossale" et d'un "bouffon" ridicule nous ramène à l'époque de la Renaissance, et l'on imagine le parc arboré de quelque château de la Loire sous le règne de François 1er, à moins que ce ne soit à la cour d'Angleterre au XVIIe siècle, - car l'on ne pourra pas s'empêcher de penser à Elespuru, le fou de Cromwell dans le drame de Victor Hugo publié en 1827 : "costume absolument noir, chapeau à trois cornes noir, avec une sonnette d'argent à chaque corne". [Et c'était une intuition, cela devient presque une certitude, le roi obsédé par le Remords ou l'Ennui est très certainement une réminiscence consciente ou non du personnage de Cromwell. Je lis dans la pièce d'Hugo, à quelques phrases d'intervalle : "L'air libre, le soleil chasseront mon ennui" et "que cette tête auguste m'a causé de remords". Baudelaire avait vu la pièce vers 1856, jouée par le comédien Philibert Rouvière, qu'il admirait fort et sur lequel il publiera une critique très élogieuse. La conception du Spleen de Paris remonte à la même époque, les dates collent donc parfaitement.]. À quelle raison "naturelle" s'oppose donc ce fou "artificiel" ? Plus qu'à la raison de la végétation, c'est sans doute à la pureté des lignes de la statue implacable. C'est la chair folle contre le marbre sage. Un bruit enfin : les sonnettes qui pendent à la coiffure grotesque. C'est d'ailleurs le seul bruit que l'on entendra dans le poème, car le fou ne parle que par les yeux. Et les mots qu'il profère ainsi - un peu trop sensés pour être vraiment fous - ne peuvent être traduits, interprétés que par le seul homme qui peut comprendre ce langage : le poète, son frère en grotesque et en extravagance, le poète, comme lui "exilé sur la terre au milieu des huées (l'Albatros). Prosopopée ou sermocination ?


Cordialement,
PMV



Modifié 6 fois. Dernière modification le 04/01/11 10:49 par PMV.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: mer. 5 janvier 2011 20:34:28

Bonjour,
Merci encore pour ton aide précieuse. J'ai commencé à remodeler tout ça, à insérer d'autres choses, mais j'aurais encore une question:
Comment peut-on dire que le fou incarne le poète ? Y a-t-il des "preuves" dans le texte ? Il me semble que non, car Baudelaire voulait justement garder cette part de mystère dans ses poèmes, si je ne me trompe pas.


Salutations


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: PMV (Adresse IP conservée)
Date: mer. 5 janvier 2011 22:19:39

Bonsoir,


Effectivement, il n'y a pas de "preuves", mais il y a de forts indices.


D'abord, ce fou n'est pas un fou au sens de "quelqu'un qui a perdu la raison". Au contraire, celui-là a tout son bon sens. C'est un fou "artificiel", un bouffon "volontaire", c'est-à-dire quelqu'un de tout à fait sensé qui fait le métier d'amuseur, quelqu'un qui divertit, un artiste, un comédien peut-être... ou un poète. Dans la littérature, le bouffon est celui qui peut se permettre de dire les choses franchement, qui a le droit d'être insolent envers le roi, mais c'est un domestique qu'on n'hésite pas à railler et à brusquer. Je parlais du personnage d'Elespuru dans le Cromwell de Hugo, mais il y a un autre fou hugolien qu'on ne peut pas occulter, c'est Triboulet, le fou de François 1er dans la pièce : "Le roi s'amuse", qui deviendra Rigoletto dans l'opéra que Verdi tira de la pièce. Rigoletto fut composé en 1851, je ne connais pas la date exacte de sa création en France, mais il est probable que le grand public parisien connaissait l'opéra en 1857.


Alors, des preuves, non. Mais des intuitions. Le bouffon est un personnage tragique, qui amuse la galerie, même s'il n'est pas particulièrement joyeux, quelqu'un qui a le pouvoir redoutable de dire la vérité, même si elle ne fait pas plaisir, mais qu'on rudoie, qu'on malmène, dont on se moque.


Je citais l'Albatros : Exilé sur la terre au milieu des huées... C'est un peu la position du bouffon. Et quelques vers du poème Bénédiction, qui ouvre les Fleurs du mal et qui dépeint le poète qui "apparaît dans ce monde ennuyé" :


Tous ceux qu’il veut aimer l’observent avec crainte,
Ou bien, s’enhardissant de sa tranquillité,
Cherchent à qui saura lui tirer une plainte,
Et font sur lui l’essai de leur férocité.


Il n'y a pas de preuves. Simplement une hypothèse, qu'on ne peut pas écarter. Mais ne sois pas aussi affirmative en disant que "le fou incarne le poète". Ce n'est pas si simple, ce n'est pas si clair. On est dans l'allégorie (le mot doit impérativement figurer dans ton devoir). Il faut simplement relever qu'il y a beaucoup de traits communs entre le poète, l'artiste en général et le fou, qu'ils ont pour métier de divertir, qu'ils sont souvent méprisés et raillés par le public, et que la condition du bouffon présenté par Baudelaire et assez proche de celle du poète telle qu'il la conçoit.


Et puis tiens, voici deux citations de Baudelaire qui pourront peut-être te servir.


"Fussiez-vous le plus insouciant des hommes, le plus malheureux ou le plus vil, mendiant ou banquier, le fantôme de pierre s'empare de vous pendant quelques minutes, et vous commande, au nom du passé, de penser aux choses qui ne sont pas de la terre.
Tel est le rôle divin de la sculpture.
(Salon de 1859 - De la sculpture)"


"La mythologie est un dictionnaire d'hiéroglyphes vivants, hiéroglyphes connus de tout le monde. Ici, le paysage est revêtu, comme les figures, d'une magie hyperbolique ; il devient /décor/. La femme est non seulement un être d'une beauté suprême, comparable à celle d'Ève ou de Vénus ; non seulement, pour exprimer la pureté de ses yeux, le poète empruntera des comparaisons à tous les meilleurs réflecteurs et à toutes les plus belles cristallisations de la nature (...) mais encore faudra-t-il doter la femme d'un genre de beauté tel que l'esprit ne peut le concevoir que comme existant dans un monde supérieur.
(Sur mes Contemporains : Théodore de Banville)."


Tu peux penser aux Correspondances baudelairiennes. Pour Baudelaire, le monde est parsemé de correspondances, de signes, de symboles qui établissent des liens, des passerelles entre le monde spirituel, le monde des idées, et le monde matériel, le monde des sens. La statue est bien autre chose que la représentation d'une divinité antique. Elle est le symbole d'une idée. La beauté. Ou l'amour.
Tu peux visiter les pages que j'ai rédigées sur ces correspondances :
[www.intellego.fr]


Pour la Vénus "implacable", tu peux faire référence au Phèdre de Racine, si tu l'as étudié :


C'est Vénus toute entière à sa proie attachée (Acte I, scène 4)


Ô toi, qui vois la honte où je suis descendue,
Implacable Vénus, suis-je assez confondue ! (Acte III, scène 2)


Bon courage,


Cordialement,
PMV


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: jeu. 6 janvier 2011 22:24:41

Bonjour,
Super, merci encore ! C'est vraiment dommage, car les 3/4 de ce que tu me cites, je ne l'ai pas étudié ! Je trouve que l'on a pas étudié beaucoup d'auteurs durant ces 3 années... Ma fois !
J'ai encore une question, si cela ne te dérange pas: Puis-je faire un lien avec "Une mort héroïque", poème n°27 du Spleen de Paris?
[i]
Fancioulle était un admirable bouffon, et presque un des amis du Prince. Mais pour les personnes vouées par état au comique, les choses sérieuses ont de fatales attractions, et, bien qu'il puisse paraître bizarre que les idées de patrie et de liberté s'emparent despotiquement du cerveau d'un histrion, un jour Fancioulle entra dans une conspiration formée par quelques gentilshommes mécontents. Là il se moque non? Si Baudelaire trouve des liens entre le poète et le bouffon, il ne dénigrerait pas les bouffons non?
Il existe partout des hommes de bien pour dénoncer au pouvoir ces individus d'humeur atrabilaire qui veulent déposer les princes et opérer, sans la consulter, le déménagement d'une société. Les seigneurs en question furent arrêtés, ainsi que Fancioulle, et voués à une mort certaine.
Je croirais volontiers que le Prince fut presque fâché de trouver son comédien favori parmi les rebelles. Le Prince n'était ni meilleur ni pire qu'un autre; mais une excessive sensibilité le rendait, en beaucoup de cas, plus cruel et plus despote que tous ses pareils. Amoureux passionné des beaux-arts, excellent connaisseur d'ailleurs, il était vraiment insatiable de voluptés. Assez indifférent relativement aux hommes et à la morale, véritable artiste lui-même, il ne connaissait d'ennemi dangereux que l'Ennui, et les efforts bizarres qu'il faisait pour fuir ou pour vaincre ce tyran du monde lui auraient certainement attiré, de la part d'un historien sévère, l'épithète de "monstre", s'il avait été permis, dans ses domaines, d'écrire quoi que ce fût qui ne tendît pas uniquement au plaisir ou à l'étonnement, qui est une des formes les plus délicates du plaisir. Le grand malheur de ce Prince fut qu'il n'eut jamais un théâtre assez vaste pour son génie. Il y a de jeunes Nérons qui étouffent dans des limites trop étroites, et dont les siècles à venir ignoreront toujours le nom et la bonne volonté. L'imprévoyante Providence avait donné à celui-ci des facultés plus grandes que ses Etats.
Tout d'un coup le bruit courut que le souverain voulait faire grâce à tous les conjurés; et l'origine de ce bruit fut l'annonce d'un grand spectacle où Fancioulle devait jouer l'un de ses principaux et de ses meilleurs rôles, et auquel assisteraient même, disait-on, les gentilshommes condamnés; signe évident, ajoutaient les esprits superficiels, des tendances généreuses du Prince offensé.
De la part d'un homme aussi naturellement et volontairement excentrique, tout était possible, même la vertu, même la clémence, surtout s'il avait pu espérer y trouver des plaisirs inattendus. Mais pour ceux qui, comme moi, avaient pu pénétrer plus avant dans les profondeurs de cette âme curieuse et malade, il était infiniment plus probable que le Prince voulait juger de la valeur des talents scéniques d'un homme condamné à mort. Il voulait profiter de l'occasion pour faire une expérience physiologique d'un intérêt capital, et vérifier jusqu'à quel point les facultés habituelles d'un artiste pouvaient être altérées ou modifiées par la situation extraordinaire où il se trouvait; au-delà, existait-il dans son âme une intention plus ou moins arrêtée de clémence? C'est un point qui n'a jamais pu être éclairci.
Enfin, le grand jour arrivé, cette petite cour déploya toutes ses pompes, et il serait difficile de concevoir, à moins de l'avoir vu, tout ce que la classe privilégiée d'un petit Etat, à ressources restreintes, peut montrer de splendeurs pour une vraie solennité. Celle-là était doublement vraie, d'abord par la magie du luxe étalé, ensuite par l'intérêt moral et mystérieux qui y était attaché.
Le sieur Fancioulle excellait surtout dans les rôles muets ou peu chargés de paroles, qui sont souvent les principaux dans ces drames féeriques dont l'objet est de représenter symboliquement le mystère de la vie. Il entra en scène légèrement et avec une aisance parfaite, ce qui contribua à fortifier, dans le noble public, l'idée de douceur et de pardon.



Modifié 1 fois. Dernière modification le 06/01/11 22:26 par missjo0822.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: jeu. 6 janvier 2011 22:26:32

Quand on dit d'un comédien: "Voilà un bon comédien", on se sert d'une formule qui implique que sous le personnage se laisse encore deviner le comédien, c'est-à-dire l'art, l'effort, la volonté. Or, si un comédien arrivait à être, relativement au personnage qu'il est chargé d'exprimer, ce que les meilleures statues de l'Antiquité, miraculeusement animées, vivantes, marchantes, voyantes, seraient relativement à l'idée générale et confuse de beauté, ce serait là, sans doute, un cas singulier et tout à fait imprévu. Là il explique que c'est impossible de représenter la vie moderne en poésie? Il me semble que dans la préface du livre " A Arsène Houssaye" il explique ceci...Fancioulle fut, ce soir-là, une parfaite idéalisation, qu'il était impossible de ne pas supposer vivante, possible, réelle. Ce bouffon allait, venait, riait, pleurait, se convulsait, avec une indestructible auréole autour de la tête, auréole invisible pour tous, mais visible pour moi, et où se mêlaient, dans un étrange amalgame, les rayons de l'Art et la gloire du Martyre. Fancioulle introduisait, par je ne sais quelle grâce spéciale, le divin et le surnaturel, jusque dans les plus extravagantes bouffonneries. Ma plume tremble, et des larmes d'une émotion toujours présente me montent aux yeux pendant que je cherche à vous décrire cette inoubliable soirée. Fancioulle me prouvait, d'une manière péremptoire, irréfutable, que l'ivresse de l'Art est plus apte que toute autre à voiler les terreurs du gouffre; que le génie peut jouer la comédie au bord de la tombe avec une joie qui l'empêche de voir la tombe, perdu, comme il est, dans un paradis excluant toute idée de tombe et de destruction.
Tout ce public, si blasé et frivole qu'il pût être, subit bientôt la toute-puissante domination de l'artiste. Personne ne rêva plus de mort, de deuil, ni de supplices. Chacun s'abandonna, sans inquiétude, aux voluptés multipliées que donne la vue d'un chef-d'oeuvre d'art vivant. Les explosions de la joie et de l'admiration ébranlèrent à plusieurs reprises les voûtes de l'édifice avec l'énergie d'un tonnerre continu. Le Prince lui-même, enivré, mêla ses applaudissements à ceux de sa cour.
Cependant, pour un oeil clairvoyant, son ivresse, à lui, n'était pas sans mélange. Se sentait-il vaincu dans son pouvoir de despote? humilié dans son art de terrifier les coeurs et d'engourdir les esprits? frustré de ses espérances et bafoué dans ses prévisions? De telles suppositions non exactement justifiées, mais non absolument injustifiables, traversèrent mon esprit pendant que je contemplais le visage du Prince, sur lequel une pâleur nouvelle s'ajoutait sans cesse à sa pâleur habituelle, comme la neige s'ajoute à la neige. Ses lèvres se resserraient de plus en plus, et ses yeux s'éclairaient d'un feu intérieur semblable à celui de la jalousie et de la rancune, même pendant qu'il applaudissait ostensiblement les talents de son vieil ami, l'étrange bouffon, qui bougonnait si bien la mort. A un certain moment, je vis Son Altesse se pencher vers un petit page, placé derrière elle, et lui parler à l'oreille. La physionomie espiègle du joli enfant s'illumina d'un sourire; et puis il quitta vivement la loge princière comme pour s'acquitter d'une commission urgente.
Quelques minutes plus tard un coup de sifflet aigu, prolongé, interrompit Fancioulle dans un de ses meilleurs moments, et déchira à la fois les oreilles et les coeurs. Et de l'endroit de la salle d'où avait jailli cette désapprobation inattendue, un enfant se précipitait dans un corridor avec des rires étouffés.



Modifié 2 fois. Dernière modification le 06/01/11 22:28 par missjo0822.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: jeu. 6 janvier 2011 22:29:25

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Modifié 1 fois. Dernière modification le 10/01/11 12:54 par missjo0822.


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: PMV (Adresse IP conservée)
Date: ven. 7 janvier 2011 00:50:22

Bonsoir,


La Mort héroïque n'a pas vraiment de rapport avec le Fou et la Vénus, si ce n'est qu'on y parle d'un bouffon, mais là s'arrêtent les points communs. Il y a tout de même une phrase à récupérer, parce qu'elle colle parfaitement au poème que tu as à étudier, c'est : "Ce bouffon allait, venait, riait, pleurait, se convulsait, avec une indestructible auréole autour de la tête, auréole invisible pour tous, mais visible pour moi, et où se mêlaient, dans un étrange amalgame, les rayons de l'Art et la gloire du Martyre." À part ça, je ne vois pas grand-chose.


Au fait, as-tu à faire un devoir écrit ou un exposé oral ? Même si la démarche est identique, l'exposé est plus difficile, parce qu'il faut maîtriser parfaitement son sujet pour être à l'aise devant un public...


Bon, à présent, tu dois disposer d'assez d'éléments, tu devrais avoir une idée assez claire du poème, il faut donc que tu tries tout ça, que tu élabores un plan cohérent, logique, et que tu argumentes. Bref, il faut commencer le boulot. Qu'il s'agisse d'un devoir ou d'un exposé, il faut que tu te poses quelques questions simples : Voyons, je dois présenter un poème en prose de Baudelaire à des gens qui ne le connaissent pas, qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur dire, si possible en suscitant leur intérêt, en leur apprenant des choses, et dans un style digne de l'oeuvre.


Cordialement,
PMV


Re: Baudelaire, Le Fou et la Vénus
Envoyé par: missjo0822 (Adresse IP conservée)
Date: ven. 7 janvier 2011 20:24:54

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Modifié 1 fois. Dernière modification le 10/01/11 12:53 par missjo0822.




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