Résumé La Colonie
Comédie en prose d’un acte et 18 scènes, publiée par Marivaux
en décembre 1750 dans le Mercure de France (voir La Nouvelle Colonie).
Un groupe d’hommes et de femmes d’un pays vaincu ont été
contraint de se réfugier sur une île. Placés devant l’obligation de se donner
des institutions, on doit procéder à l’élection de deux nouveaux gouverneurs de
l’île : le seigneur Timagène représentera la noblesse, l’artisan Sorbin le
tiers-état. Mais, refusant que ces derniers ne les admettent pas au
gouvernement, les femmes, qui n’acceptent plus de vivre sous la dépendance des
hommes décident d’établir des lois et prennent les hommes de court en formant
leur propre comité constitutionnel. Arthénice représentera la noblesse et Mme
Sorbin le tiers état. Voulant également abolir l’amour et le mariage, considéré
comme une pure servitude, on ordonne à la fille de Mme Sorbin, Lina, de ne plus
voir Persinet, qu’elle aime et qui l’aime. Invitée à faire une profession de
foi contre l’amour, Lina ne pourra cependant s’y résoudre. De même, Madame
Sorbin fera décréter, à la colère des autres femmes qui se rebiffent, que
celles-ci doivent s’enlaidir.
Lorsque Arthénice et Madame Sorbin intiment aux hommes
l’ordre de leur donner, sous peine de séparation éternelle, accès à toutes les
fonctions qu’ils exercent, ceux-ci délégueront leur pouvoir à Hermocrate.
Timagène s’avisera d’un stratagème pour mettre fin au coup d’état des femmes en
prétextant une attaque des sauvages. Les hommes feignant vouloir les envoyer au
combat, le bataillon féminin perd contenance et Madame Sorbin dit à son
mari : « Va te battre, je vais à notre ménage. » Timagène promet
aux femmes d’avoir soin de leurs droits dans les usages qui seront établis.
Personnages
Commentaire
Lors sa représentation au Théâtre-Italien de Paris le 18
juin 1729, la Nouvelle Colonie n’avait pas eu le moindre succès et on la joua
qu’une fois. Marivaux la retira le lendemain et ne la fit pas imprimer, mais il
la modifia, la réduisant à un acte. Il la fit jouer en société sous cette
nouvelle forme et la publia sous cette dernière forme dans le Mercure de
décembre 1750.
Plus qu’une pièce baroque, la Colonie, représentation
sarcastique d’une île au milieu de « nulle part » où les femmes ont
l’idée de prendre le pouvoir, est une véritable satire où l’auteur dénonce les
institutions de la société de son époque. Derrière un semblant d’utopie, la
Colonie, avec ses dialogues teintés d’une ironie mordante et acerbe, amorce,
malgré une conclusion politiquement et sexuellement conforme aux idées de
l'époque, les mouvements féministes qui agiteront la société deux siècles plus
tard. Cette comédie vive et riche en rebondissements, aux propos étonnamment
modernes, fait de Marivaux l’un des précurseurs de la libération de la femme.
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