Résumé Huis-clos
Pièce de théâtre en un acte écrite par Jean-Paul Sartre à
la fin de l'année 1943 et créée en 1944. Cette pièce de théâtre est symbolique
de l'Absurde, mouvement littéraire du début du XXe siècle où l'homme doit
prendre conscience de l'absurdité de son existence pour ensuite y trouver la
force de se révolter.
Trois personnages se retrouvent à leur mort dans une même
pièce. Il s'agit de Garcin, journaliste, Inès, employée des Postes et Estelle,
une riche mondaine. Ils ne se connaissent pas, viennent de milieux très
différents, ne partagent ni les mêmes convictions ni les mêmes goûts. Jean-Paul
Sartre nous décrit ici « son Enfer » avec brio : « l'Enfer,
c'est les autres », cette phrase qui a valu à Sartre les pires accusations
explique seulement que la vie "se ressent, se perçoit" à travers les
autres; rien ne vaut d'autre que les hommes qui nous font prendre conscience de
nous-même, de la triste réalité humaine, mais qui restent nécessaires pour se
réaliser. Les trois protagonistes se débattent sans cesse pour échapper à leurs
situations mais l'Enfer finit par reprendre le dessus. Cette pièce de théâtre
est en un acte composé de cinq scènes, dont la dernière est hypertrophiée.
Garcin entre accompagné dans un salon, style second Empire.
Garcin demande au garçon d'étage où sont les machines de torture, il n'y en a
pas, mais le garçon d'étage prétend que tous ses "clients" sont
pareils. Ils veulent tous les pals et leurs objets de toilette. Garcin prétend
ne pas avoir peur. Le garçon s'en va.
Cette scène d'exposition étonne car, elle ne répond à aucune
des questions du spectateur. Les personnages semblent, tout au long de la scène,
connaître des détails nécessaires à sa compréhension.
Garcin se retrouve seul et appelle vainement le garçon.
Inès entre. Confuse, elle demande à Garcin où est Florence.
Garcin lui explique qu'il ne connaît pas Florence et qu'elle est en enfer. Inès
prend Garcin pour son bourreau
Estelle entre et se fait expliquer la situation par Garcin,
même si elle ne fait pas face à la réalité et préfère s'inquiéter de la couleur
des canapés.
Estelle prétend être morte d'une pneumonie et ignorer la
raison de sa présence en enfer. Elle s'interroge par ailleurs quant à la raison
pour laquelle les trois personnages ont été réunis. Si Garcin pense à cet égard
qu'il n'y a d'autre explication que le hasard, Inès déclare que chacun
deviendra, par la suite, un bourreau pour les autres et les forcera à avouer
les crimes qu'ils ont commis. Garcin, ne pouvant admettre une telle hypothèse,
préfère s'isoler en espérant ainsi que chacun pourra épargner les autres, mais
en vain. En effet, il entend, bien qu'il se bouche les oreilles, une discussion
entre les deux femmes. Il décide alors de se dévoiler et il explique qu'il a
torturé sa femme, mais ne parle pas de sa désertion. Ensuite c'est Inès qui
explique qu'elle est lesbienne et elle se définit elle-même comme méchante car
elle a besoin de la souffrance des autres. En fin de compte Estelle avoue à
contrecoeur qu'elle avait un amant avec qui elle a eu un enfant et qu'elle a
tué l'enfant et laissé se suicider son amant afin de ne pas faire éclater de
scandale. Estelle cherche du réconfort dans les bras de Garcin, mais ce dernier
veut de la confiance. Le couple n'existera jamais à cause d'Inès qui n'arrête
pas de les juger. Estelle essayera d'assassiner Inès mais ils sont déjà morts.
Ils seront ensemble huis clos pour l'éternité à se disputer.
De première apparence, Inès semble être impolie et peu
aimable. Elle répond aux questions de Garcin sèchement car il la gène. Comme
elle se sent supérieure, on a l’impression qu’elle est arrogante. Contrairement
aux autres, elle ne se fait pas d’illusions sur l'endroit où elle se trouve et
admet qu’elle a peur. Elle vivait célibataire et était employée des Postes.
Inès se caractérise comme une femme damnée et méchante. Elle est lesbienne et a
eu une affaire avec Florence, la femme de son cousin. Elle a tué ce dernier
pour pouvoir approcher sans résistance Florence. Inès reprochait à Florence
d'être toutes les deux coupables de son suicide. Ces reproches torturent son
amante. Une explication pour son comportement est que, comme elle le dit, Inès
a besoin de la souffrance des autres pour exister. À la fin, Florence a tué
Inès et elle-même avec du gaz parce qu’elle ne pouvait plus supporter les
remords qui la rongeaient. Inès, la femme damnée, a donc causé trois morts.
Elle est totalement consciente de ce qu’elle a fait. Pour la suite de
l’histoire, Inès est indispensable dans la mesure où elle représente le premier
bourreau : elle force les autres à admettre les vraies raisons de leur
présence en enfer. Le "démasquage" des autres est accompagné par des
surnoms ironiques (« Héros sans reproche », « la petite
sainte ») et des commentaires pointus (« Vous faites la
comédie »). Par conséquent, Inès les oblige à avouer leurs crimes et leur
fait comprendre qu’ils sont pleinement responsables de ce qu’ils ont fait. De
plus, Garcin et Estelle doivent reconnaître ce qu’ils ont raté et prendre
conscience de leur lâcheté. Mais Inès aussi a des aspects à accepter :
La prise de conscience d’Inès : « je me sens
vide » « après tout, je suis tout à fait morte » Inès ne peut
plus se justifier ni corriger sa vie. Son impuissance est sa torture.
Comme ceux des deux autres protagonistes, le caractère de
Garcin se révèle en plusieurs sections de l’œuvre sartrienne « Huis
clos ». Joseph Garcin est le premier protagoniste qui arrive en enfer. Il
était publiciste et homme de lettres dirigeant un journal pacifiste. Il vivait
à Rio avec sa femme et a été fusillé à cause de son travail. À son arrivée, il
prétend être calme mais en vérité il a très peur. Étant seul dans la chambre
infernale, il tape jusqu'à épuisement contre la porte fermée. Quand Inès entre,
Garcin essaie de se comporter poliment mais la femme découvre sa véritable
condition. Un tic nerveux de la bouche d’homme la dégoûte et révèle sa
nervosité. Il feint d’être un gentilhomme envers Estelle, le troisième
protagoniste. (Il abandonne son canapé pour elle et garde son blazer). De plus,
il se présente comme héros pacifiste qui devait mourir car il vivait selon ses
principes. Sa thèse pour expliquer leur communauté en enfer est qu'ils sont
tous trois là par hasard. Plus tard, Garcin propose aux femmes de se taire et
d'arrêter toute communication afin d'échapper au système infernal dans lequel
ils sont emprisonnés. Cependant, après un bref instant de silence, les deux
femmes recommencent à parler, ce qui amène Garcin à céder à son tour. Il leur reproche
alors de ne jamais pouvoir s'arrêter de parler et dit que ç'aurait été plus
simple s'il avait été enfermé ici avec des hommes, qui savent mieu être
disciplinés selon lui. Après cet échec, Garcin change complètement et montre
son vrai caractère. Il devient agressif, ordinaire et trahit la vraie raison
pour laquelle il est en enfer : il est un homme cruel ayant pris, durant
sa vie, du plaisir à faire souffrir sa femme en la trompant ostensiblement sans
rien regretter. De plus, il tendait vers l'alcoolisme et avait déserté. Sa
prise de conscience révèle que sa lâcheté est insoutenable pour lui. Par
conséquent, il demande à Estelle de lui affirmer qu'il n'est pas lâche,
espérant trouver auprès d'elle un réconfort moral tout d'abord, mais celle-ci
ne veut que de la satisfaction sexuelle et n’est pas intéressée par les
souffrances morales de Garcin. Ainsi dégoûté d’elle, il s’adresse à Inès. En
effet, il pense que la seule façon pour lui de trouver le réconfort moral dont
il a besoin est d'entendre de la bouche d'Inès qu'il n'est pas un lâche car
elle est, selon lui, de « sa race » et saura donc faire office de
juge pour affirmer s'il est, ou non, lâche. Quand la porte s’ouvre, il n’arrive
pas à sortir parce qu’Inès est la seule personne qui peut le sauver en se
portant garante pour son courage. Mais la femme lesbienne se venge pour sa
relation avec Estelle et ne lui donne pas ce dont il a besoin. En conséquence,
Garcin est condamné à passer l’éternité en enfer pour existence lâche.
Estelle Rigault, une riche mondaine qui était mariée avec un
vieillard, est morte d’une pneumonie. Elle entre comme troisième protagoniste
dans la chambre infernale. Pendant la première rencontre avec les deux autres,
on apprend qu’elle est bavarde et superficielle (elle veut que la couleur du
canapé aille avec celle de sa robe). En outre, elle est si pénible qu’elle
insiste pour que l'on utilise le mot « absent » au lieu du mot
« mort » en sa présence. Quand Garcin essaie de se taire, elle
déploie aussi une vanité intense en cherchant un miroir pour appliquer du
maquillage. Inès propose de l’aider comme « miroir vivant ». Plus
tard, Estelle remarque que l’autre femme est lesbienne et la rejette. Comme les
deux autres, Estelle ne révèle pas immédiatement la vraie raison pour laquelle
elle se trouve en enfer mais raconte une histoire fausse pour apitoyer les
autres : Etant une pauvre orpheline, elle s’est mariée avec un vieillard
pour supporter financièrement son frère malade. Elle a eu une relation
extraconjugale mais a quitté celle-ci après que son amant ait voulu un enfant
d’elle. Par conséquent, elle explique sa présence dans l’endroit infernal avec
le gaspillage de sa jeunesse avec un vieillard. Évidemment, Inès, avec sa bonne
connaissance des femmes, ne la croit pas. En créant une alliance de torture
psychique avec Garcin, Inès et lui révèlent le vrai caractère d’Estelle ainsi
que ses crimes : La bourgeoise a tué son bébé sous les yeux du père qui
était son amant. Celui-ci s’est suicidé à cause d’elle. « La petite
sainte » (Inès, page 23, ligne 1) est donc une femme adultère et une
infanticide sans scrupules. L’égoïste femme ne voulait pas rompre avec les
règles de la société ouvertement et avait une réputation à sauver. La
dépendance totale aux autres de ce protagoniste se montre clairement. De plus,
elle avait besoin de l’affection des hommes et ce trait de caractère persiste
encore en enfer : Elle se jette dans les bras de Garcin mais le couple est
constamment dérangé par la jalousie d’Inès. D’ailleurs, Estelle n’est pas
intellectuellement capable de satisfaire Garcin, qui a besoin de confirmation
durable (Estelle : « je n’ai pas de confiance à donner moi »,
page 43, lignes 63/64). Tragiquement, la femme coquette n'admet pas qu’elle
soit morte : Elle dit même: « la terre m’a quitté » et essaie de
tuer Inès à la fin. Cette dernière ajoute : « Tu sais bien que je
suis morte ? », et à Estelle de répondre « Morte ? »
et finalement un fou rire emporte les trois protagonistes.
Le style est familier, voire vulgaire. Le niveau de langue
évolue durant la pièce : au début ils sont polis et se vouvoient, à la fin
ils se tutoient. Ils utilisent même un vocabulaire plutôt familier, se parlant
assez sèchement parfois.
dépendance des jugements des autres
responsabilité de ses choix (le contraire dans
l'existentialisme est la lâcheté)
liberté de choix
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sartre
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