Résumé Les Sincères
Comédie en un acte et en prose écrite par Marivaux,
représentée pour la première fois en 1739 par les Comédiens italiens.
La marquise, le cœur affadi des douceurs que vient de lui
débiter Dorante, arrive pour chercher un refuge auprès d’Ergaste. Le monde
n’est rempli que de flatteurs ; elle n’a trouvé en toute sa vie qu’un
homme sincère, lui, et pas une femme. Pour démontrer sa sincérité, la marquise
s’amuse à crayonner les portraits de ceux qu’elle quitte. Suit une série de
portraits réalistes, fort piquants et surtout bien malveillants. Tant que la
sincérité d’Ergaste et de la marquise ne s’exerce qu’aux dépens d’autrui, ils
s’entendent à merveille, mais tout change dès qu’eux-mêmes sont en jeu. Ergaste
vient de dire à la marquise qu’il l’aime. — Je vous crois, répond-elle.
N’avez-vous jamais rien aimé plus que moi ? Non, passe pour autant, une
fois en ma vie, croit-il pouvoir répondre. La marquise est déjà un peu
blessée ; elle lui pose une question insidieuse : laquelle de nous
vaut le mieux, de celle que vous aimiez ou de moi ? — Mais ce sont des grâces
différentes : elle en avait infiniment. — C’est-à-dire un peu plus que
moi ? — Ma foi, je serais fort embarrassé de décider là-dessus. — Et moi,
je me prononce. Votre incertitude décide. Comptez aussi que vous l’aimiez mieux
que moi. La conversation se prolonge sur ce ton en s’aigrissant toujours,
surtout lorsque la comparaison se prend à des noms propres Araminte a de la
beauté, dit Ergaste, mais vous plaisez plus qu’elle. — Franchement, vous êtes
un mauvais connaisseur. — Je réponds de la sincérité de mes sentiments, je n’en
garantis pas la justesse. — À la bonne heure ; mais quand on a le goût
faux, c’est une triste qualité d’être sincère. Ergaste se fâche à son tour et
se rejette vers Araminte. La marquise, de son côté, se rapproche de Dorante, à
condition qu’il lui dira aussi ses défauts. Dorante obéit, mais les défauts
qu’il lui reproche sont de véritables qualités, de sorte que ces reproches
deviennent une habile flatterie. Ainsi la marquise finit par épouser Dorante,
qu’elle prétendait ne pouvoir souffrir, et Ergaste épouse Araminte.
Personnages
Commentaire
Les Sincères, qui furent très applaudis à leur
représentation, met en présence deux couples, un maître et sa maîtresse, et un
valet et une soubrette. La marquise a la prétention d’aimer la sincérité, mais elle
s’en sert pour faire aux autres de mauvais compliments, et à n’en vouloir que
de bons pour elle, à la condition seulement qu’on les lui jettera à la tête,
comme malgré soi. Les louanges la chagrinent, mais elle veut qu’on la loue du
chagrin qu’elles lui font. Elle est coquette, mais elle veut que sa femme de
chambre elle-même n’ait pas l’air de s’apercevoir de cette coquetterie. Ergaste
est son alter ego. Ayant la prétention de passer pour sincère, il tient surtout
à ce qu’on le croie tel. Si pour paraître franc, il fallait mentir, il
mentirait. Sa passion est d’étonner et de ne ressembler à personne. Il a perdu
une fois un procès dont on le laissait juge, rien que pour avoir le plaisir de
faire dire qu’il s’était condamné lui-même, car il avait le droit pour lui.
Ce document a été mis en ligne par rebecca, Parent.
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