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Séquence 3/ L'art
5 Février 2010 Consulté 143 fois
cours - BTS 2 - Français
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BTS Thème n°1 : le détour  

 

Séquence 3 : L’art

 

 

 

1/ L’imitation d’une image : définition platonicienne de l’art

Selon la conception platonicienne, le monde est un monde d’idées : l’Idée du cheval n’a ainsi rien à voir avec le cheval lui-même. Elle lui est supérieure en ce qu’elle constitue son modèle. Le cheval ne sera qu’un exemplaire parmi des milliers de l’idée de cheval. Il est ainsi de tous les objets qui constituent le monde. La représentation qu’un artiste peut faire du cheval s’éloigne donc encore davantage de son Idée. L’art est selon Platon une imitation au second degré et partant ne saurait être un gage de vérité.

On retrouve cette ambiguïté dans la fameuse représentation de la pipe de Magritte[1]. Le peintre invite à faire le départ entre l’objet, sa représentation et le mot qui lui est adjoint. (cf. Ceci n’est pas une pipe)

 

2/ Un point de vue sur la réalité

L’artiste opère nécessairement un détour en tâchant de représenter le monde. Il le perçoit à travers le prisme de son éducation (familiale, historique, artistique…), de sa personnalité. Il rend une vision nécessairement subjective de celle-ci, même lorsqu’il s’attache à une forme de réalisme. A fortiori, quand il décrète de s’éloigner d’une conception ou d’une représentation traditionnelle, marque-t-il une rupture avec la réalité. (cf. les courants impressionnistes, expressionnistes et fauvistes). Ce détour opéré est une source créative sans limite. Les surréalistes (esthètes ou poètes) exploiteront cette créativité et la pousseront jusqu’à l’absurde, un absurde poétique qui rejette les contingences matérielles ou historiques.

 

3/ Sublimation chez Freud

Pour la psychanalyse, l’art constitue une forme de thérapie. Il permet au patient d’exprimer ses pulsions inconscientes par un médium esthétique et de libérer ainsi l’individu du poids de cet inconscient. La sublimation est ainsi en quelque sorte le mouvement inverse du refoulement. Par l’expression artistique, l’individu transcende ses pulsions (libidinales et mortelles, Eros et Thanatos) et s’en sert comme d’une énergie créatrice libératrice. Ce pouvoir salvateur de l’art a donné lieu à quelques hypothèses. Parmi elles, citons cette interrogation : Hitler serait-il devenu l’homme politique que l’on connaît s’il avait pu intégrer l’école des Beaux-Arts ? La sublimation ne lui aurait-elle pas permis de se libérer de ses pulsions et d’appréhender l’existence et partant la politique mondiale autrement qu’il ne l’a fait ?

 

4/ Détournement dans l’art

Si l’art est toujours déjà une forme de détour, qu’en est-ildu détour dans l’art ? Assommé par le poids de l’héritage qu’incarne la Joconde de Leonard de Vinci, et agacé par son succès (dit-on) Marcel Duchamp[2] a donné de ce tableau des versions détournées. Parmi les plus célèbres, on notera la « Joconde à la moustache » rebaptisée LHOOQ. L’occasion pour le peintre de montrer qu’il était capable de maîtriser la technique du maître italien tout en détournant malicieusement son sujet.

Parallèlement à cette démarche, il faut noter la technique littéraire de la réécriture qui consiste à s’appuyer sur la dynamique d’un texte connu et d’en changer le sujet afin de d’apporter un regard neuf sur la réalisation. La Fontaine s’est ainsi inspiré de fables d’Esope (grec) ou de Phèdre (latin) qu’il a retravaillées en vers pour constituer son recueil. Wajnberg revisite de son côté le poème de Nerval intitulé « El Desdichado » (in Les Chimères). Son sonnet, « El Laborado » replace le sujet dans un contexte ouvrier et dénonce les conditions de vie de ces travailleurs du quotidien. Ce détour à partir d’un modèle insuffle une vie nouvelle à des œuvres déjà installées.

Récemment, l’artiste néerlandais Maurits Cornelis Escher[3] a conçu son œuvre autour de constructions impossibles explorant l’infini et dont les motifs se transforment graduellement en des représentations différentes. Largement inspiré par les mathématiques, Escher élabore des constructions architecturales impossibles mais dessinées grâce à des astuces de perspective. (cf. Montée et descente). Une autre série consiste dans des jeux d’ombre et de lumière qui transforment des poissons dans l’eau en oiseaux dans le ciel. (cf. L’air et l’eau, I)

 

 

5/ La bonne distance ou le bon sens : un détour facilitant l’accès

 

Le principe des anamorphoses repose sur l’idée que tout le visible n’est pas accessible directement. Les constructions artistiques utilisant cette technique invitent le spectateur à regarder le tableau autrement qu’à l’habitude. Certes, de face, le tableau donne à voir une représentation concrète. Mais le vrai sens du tableau est à chercher ailleurs, dans un autre point de vue. Ainsi le tableau d’Holbein[4], Les Ambassadeurs, tient-il un double discours. Célébrant apparemment la grandeur du pouvoir, il cache en réalité une masse informe au premier plan, qui, si elle est regardée de côté, laisse apparaître un crâne, inscrivant ainsi le tableau dans la tradition des vanités. L’auteur rappelle par cet artifice[5], combien la vie est brève et le pouvoir illusoire. En outre, il invite les hommes au détour qui, seul parfois, permet un véritable accès aux choses.

Dans un genre différent, Giuseppe Acimboldo[6] peint des sujets (personnages) constitués de légumes, de fruits, de poissons ou encore d’oiseaux. C’est le cas dans la toile intitulée Quatre saisons en une tête. Pour le Jardinier, l’effet est double puisque, regardé dans un sens, le tableau représente une corbeille de légumes ; dans l’autre sens, la corbeille devient un visage. Là encore, l’intérêt du tableau n’est accessible qu’au prix d’un détour.

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[1] Peintre belge, 20ème

[2] Artiste français du 20ème siècle, auteur des « ready mades ».

[3] Escher, (1898, 1972)

[4] Holbein le Jeune, peintre allemand du 16ème siècle.

[5] Ce qui est toujours déjà une forme de détour.

[6] Peintre italien du16ème siècle

 

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